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Des choix en écriture

Existe en écriture, un point précis du temps à partir duquel tout bascule : choix de l’angle… du point de vue, champ ou du contre champ, en somme nous décidons du destin de l’inspiration.Au-delà de cet instant, tout diffère. On suggérera un état d’ordre quantique… L’autre celui dans lequel on n’écrira plus, diverge, s’éloigne et disparait. Il ne sera plus, après 10.000 puis 100.0000 mots agencés dans l’architecture choisie, qu’une vague ombre du passé.


Et nous progressons sur un chemin de poussières. Empreints de tendresse pour le roman qui nous accompagne et dont on est certain qu’il est seul désormais, à pouvoir aboutir. Au commencement pourtant, comme à partir de cette photo, était l’angle. Puis il fallut régler sa  longueur d'onde
Choix mystérieux à multiples inconnues. Sans retour.

Ici quelques exemples d'angles et variations de longueurs d'onde.
Cette dernière, encore plus complexe à régler, serait dans cette métaphore de la patte d'oie, le choix de monture.
Sommes nous arbitre de ces choix ? En apparence seulement, car derrière l'auteur existe une magie, l'histoire, les histoires. Chacune d'elle requerra son angle et sa longueur d'onde.  Et je préfèrerai toujours ouvrir la porte, m'effacer, pour offrir le passage à l'éternelle formule qui rassemble tous les choix : Il était une fois.


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De toute façon cette foutue bécane avait fait son temps. L’abandonner ici ou ailleurs ne changerait rien à l’affaire. La balancer dans le fossé non plus, il valait mieux la laisser visible. Elle ferait sans doute le bonheur d’un ferrailleur du coin, ou d’un gamin bricoleur qui la retaperait en rêvant à son premier grand voyage…
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Mailee marchait sur cette piste secondaire depuis une dizaine de miles. La carte indiquait un croisement avec Ellis Rd où elle pensait tendre le pouce, rejoindre la 83 pour Eden et trouver une dépanneuse. De toute façon, le motard qui s’était arrêté une demi-heure avant et lui avait promis de prévenir le premier garage, ne lui serait plus d’aucun secours… Sa moto gisait là au milieu de la route, délestée de son paquetage. Mailee apercevait au loin en plein milieu du filet blanc de rocaille, la silhouette du bonhomme qui oscillait dans la chaleur.
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Douzième prise… Harper travaillait à l’ancienne. Il ajustait encore la mise au point, calculait l’ombre qui durcissait l’ambiance, modelait le jeté de bras de la fille et Bon Dieu ! Elle avait mis une heure à comprendre ça ! Comme la longueur de son pas qui réglait le déhanché, mais cela avait été plus facile, bien sûr ! Encore une fois Pitt s’était foutu de sa demande : « Sur ce coup, tu vas me dégoter une danseuse ! Pas un de tes modèles qui ne savent jamais quoi faire du haut de leur corps.» Pourtant celle-ci se débrouillait bien, une vraie bosseuse. « Allez vas-y ! s’écria-t-il, et retourne-toi juste après être passée. Curieuse ! Tu entends ce que je te dis ? Tu es curieuse ! » La fille acquiesça et se mit à marcher vers Harper. Il pensa : « J’adorerai toujours cet instant, juste celui-ci...»
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C’est vrai, j’avais fini par détester Fred, Ô Dieu c’est vrai, mais pas au point de lui souhaiter du mal, encore moins de le tuer. Et pourtant… Je crois bien que cette idée-là m’est venue au petit matin, entre le premier bruit de roues sur le bitume, et sa première toux crachoteuse qu’il a collé avec son odeur dans mon dos ; j’ai senti son souffle qu’il essayait de glisser vers mes hanches, et je me suis dit : « Maintenant qu’il a viré la tune, il faut que ça cesse… » Et voilà que sa sale carcasse d’obsédé bouffait la poussière du canyon, cinquante mètres en dessous du rocher où nous avions piqueniqué la veille. Après cette difficile minute, tout devint simple : J’étais pour un temps — celui indispensable à ma résurrection — la fille qui signalait une moto abandonnée. Au-delà, je serais loin…
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Il y a des soirs comme ça. Tout va mal. Vraiment tout. Du taff définitivement sans perspective, jusqu’à la belle-mère qui vous harcèle de coups de fil pour savoir où est passé « son » Charles, avec une étape par votre meilleure amie qui vous reproche l’absence de réponse à son courriel de la veille, une autre par « votre p’tit garagiste » qui vous annonce une réparation pour laquelle rien qu’en main d’œuvre, « il faut bien compter 900 euros », enfin une dernière, l’apogée du désastre bien sûr, «votre p’tit cordonnier » fermé pour cause exceptionnelle à 18h, avec là-bas sur son comptoir, posé en évidence, une enveloppe avec un nom écrit en gros, Rachel Gontz, Vous, avec les deux mains accrochées à la grille, en train de crier « Merde » dans votre écharpe parce qu’il fait très très froid et que dans cette enveloppe se trouvent la clef de votre appartement et son double... Alors vous marchez dans la ville qui s’assombrit. Des gens fument sur un trottoir en buvant un verre. On vous regarde sans trop vous prêter d’attention et vous décidez d’entrer dans cette salle qui de l’extérieur ne ressemble pas à grand-chose, en tout cas pas à un bar. Vous lisez sur une vitre : Exposition Marc Volunteer. Le nom bien sûr vous amuse. Et vous avancez jusqu’aux premières cimaises que vous apercevez au-dessus des têtes. On s’écarte. Vous vous faufilez, et ça devient… mon histoire :
A/ Quand j’ai vu cette route qui s'étirait depuis nulle part, cette fille seule, avec sa moto peut-être, je fus envahie de ce genre de petite évidence qui gagne et s'insinue : Cette fille c'est moi.
B/ Quand j’ai vu cette route qui ne ressemblait à rien de connu, cette bécane abandonnée comme un cadavre et cette fille seule qui s'en foutait je n'eus plus qu'une obsession : la retrouver, elle, cette fille et son indifférence magnifique ; ça me plaisait et je voulais en connaitre le secret.
C/ Quand j'ai vu cette route, la dimension graphique de cette moto qui semblait bramer la gueule ouverte pour que cette fille l'achève plutôt que l'abandonner à une mort lente, je fus gagnée par une insidieuse obsession qu'il fallut bien m'avouer le soir-même à l'hôtel : Je voulais rencontrer ce photographe.

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Il manquera les points de vue de la moto, de la route, du crotale qui serpente dans la rocaille, du shériff ou d’un fermier qui arrivent en pick-up et aperçoivent cette scène, et puis d’autres angles encore, d'autres longueur d'onde, une infinité sans doute… ceux-ci n'appartiennent qu'à une journée, un état.
Une seule inspiration survivra. Pour l'histoire. Et son sens.

 

 
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