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Loin au-dessus de nos têtes, dans l’entrelacs des haubannages,

Nous naviguâmes au large durant toute la nuit. Le chalut fut remonté trois fois et je vomis quatre, je crois… Puis tout devint plus calme. Le vent cessa, qui n’avait cessé de rabattre sur nous les odeurs mêlées d’échappement, de gasoil et de poisson. À l’orée d’une aube rouge, nous parvînmes au large du cap Da Lage, gardien des accès aux rivages sud de la côte lusitanienne. Appuyé sur le bastingage, je regardai s’ouvrir devant nous la vaste embouchure du Tage. De lourds et longs cargos l’empruntaient en son centre, pendant qu’en eaux moins profondes, le long de rives sans reliefs, allaient et venaient quelques bateira de pêcheurs d’alose dont on distinguait en les approchant, les gréements mal rabantés, les filets usés, cent fois remaillés.Nous chalutâmes là sur des flots gris et mornes, jusqu’au  premier déclin du jour ; il nous poussa vers le cours du fleuve, glissant sur le fil d’une eau qui brunissait entre l’élévation progressive de rives  alourdies d’étranges architectures cosmopolites ; venant à notre rencontre elles nous guidèrent  sous le monumental et bruyant tablier du pont du 25 avril. Loin au-dessus de nos têtes, dans l’entrelacs des haubanages, une équipe d’ouvriers voltigeurs arpentaient le ciel. Plus en amont, sous l’œil pierreux d’un Christ Roi, le trafic incessant des navettes balayait le fleuve en l’inondant d’un pesant ronronnement.


 

 

 

 

 
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